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Agent public au travail sur son projet de micro-entreprise
Cotisations et TVA

Fonctionnaire et auto-entrepreneur : règles et démarches

Par · 5 octobre 2026 · 13 min de lecture

Un fonctionnaire peut être micro-entrepreneur, mais pas librement. Selon son temps de travail, il déclare, demande une autorisation ou crée son entreprise à mi-temps au moins, pour trois ans renouvelables un an. L’employeur a un mois pour répondre, et son silence vaut refus. Côté chiffres, plafonds, TVA et taux de cotisations restent ceux de tout micro-entrepreneur.

Oui, un agent public peut ouvrir une micro-entreprise. La règle de départ est stricte : il consacre son activité professionnelle à son poste. Les exceptions existent, elles sont encadrées, et chacune a sa procédure, son délai et sa durée. Le piège n’est pas le statut. C’est de démarrer avant d’avoir la réponse écrite.

Ce que la loi autorise vraiment

Le code général de la fonction publique pose le principe à l’article L121-3 : l’agent se consacre intégralement à ses fonctions. Les articles L123-1 à L123-10 listent les dérogations. Elles valent pour les titulaires comme pour les contractuels, dans les trois versants de la fonction publique.

La micro-entreprise n’est donc ni interdite ni de droit. Elle se glisse dans l’une des portes ouvertes par le texte, et la porte dépend de votre quotité de travail et de votre projet. Trois critères décident : votre temps de service, la nature de l’activité, et le fait qu’elle s’exerce hors des heures de bureau, sans gêner le service ni créer de conflit d’intérêts.

Quelle voie selon votre temps de travail ?

Il existe quatre cas de figure. Ils ne se cumulent pas : on en relève un seul à la fois.

Votre situation Formalité Durée et limites
Production d’œuvres de l’esprit (écrits, photos, logiciels, musique) Aucune autorisation Libre, dans le respect du droit d’auteur et du secret professionnel
Temps non complet, 70 % ou moins (24 h 30 par semaine) Déclaration à l’autorité Activité privée lucrative possible hors service
Temps complet, activité accessoire de la liste Autorisation écrite Hors heures de service, activité secondaire
Temps complet, création ou reprise d’entreprise Autorisation de travailler à temps partiel Mi-temps minimum, 3 ans, renouvelable 1 an
Les quatre voies de cumul d’un agent public avec une micro-entreprise, d’après le code général de la fonction publique, octobre 2026.

La dernière ligne est la plus souple sur le fond, puisque l’activité n’a pas à figurer dans la liste des activités accessoires. Elle est aussi la plus coûteuse, car le temps partiel réduit le traitement. Après la fin de cette période, une nouvelle autorisation du même type ne peut pas être accordée avant trois ans.

Quatre ans au maximum

Trois ans d’autorisation, puis un an de renouvellement. Au-delà, il faut choisir : quitter l’administration, ou fermer l’entreprise. Notez la date d’échéance dès le premier jour.

Déposer la demande d’autorisation

La demande est écrite et préalable. Elle part à l’autorité hiérarchique, avec une copie au service des ressources humaines si vous en avez un. Elle précise le nom de votre employeur, la nature de l’activité, sa durée, sa périodicité et la rémunération attendue.

  1. Rédigez la demande en nommant l’activité, le régime micro-entrepreneur et vos horaires prévus.
  2. Déposez-la contre accusé de réception, ou en main propre avec décharge.
  3. Attendez la réponse écrite. L’administration a un mois pour répondre.
  4. Sans réponse au bout d’un mois, la demande est réputée rejetée. N’ouvrez pas votre entreprise sur ce silence.
  5. Après un accord, immatriculez la micro-entreprise et gardez l’autorisation dans votre dossier.
Frise des cinq étapes de la demande d'autorisation de cumul d'un fonctionnaire : rédaction, dépôt, un mois d'attente, accord écrit, immatriculation
De la demande à l’immatriculation : l’accord écrit doit précéder l’ouverture de l’entreprise.

Un refus se motive. Il vise le plus souvent un risque pour le fonctionnement du service, une atteinte à sa neutralité ou un conflit d’intérêts. Vous pouvez le contester devant le tribunal administratif, mais le plus rapide est souvent de reformuler : réduire le volume horaire, changer de clientèle, préciser l’absence de lien avec votre service.

Activités permises et activités fermées

Pour un agent à temps complet qui reste à temps plein, la liste des activités accessoires est limitative. Elle comprend :

  • l’expertise, la consultation et l’enseignement ;
  • les activités sportives ou culturelles ;
  • l’agriculture et l’aide familiale ;
  • les travaux de faible importance chez un particulier ;
  • les services à la personne ;
  • la vente de biens fabriqués personnellement par l’agent ;
  • les missions d’intérêt général et la coopération internationale.

Une activité hors liste se demande par la voie du temps partiel. Restent fermées, quelle que soit la voie, celles qui placent l’agent face à son propre service. Un agent des impôts qui conseille des contribuables, un acheteur public qui vend à des collectivités : c’est le terrain de la prise illégale d’intérêts.

Deux exclusions viennent du régime micro lui-même. La location meublée relève d’autres règles, et les activités agricoles rattachées à la MSA ne passent pas par le micro-social.

Ce qui fait accepter une demande

Une autorité qui refuse le fait rarement par principe. Elle refuse parce que le dossier laisse un doute. Trois éléments le lèvent.

  • Des horaires précis : soirs, week-ends ou jours de congé, jamais une plage qui chevauche le service.
  • Une clientèle sans lien avec votre poste : aucun usager, fournisseur ou administré que vous traitez dans votre travail.
  • Un volume réaliste : quelques heures par semaine plutôt qu’un second métier.

Joignez une description courte de l’activité, le code d’activité envisagé et l’engagement de ne pas utiliser les moyens du service, qu’il s’agisse du téléphone, de l’ordinateur ou du carnet d’adresses professionnel. Un dossier d’une page claire se traite plus vite qu’un long exposé.

Gardez aussi en tête la rémunération déclarée. Elle doit correspondre à ce que vous attendez vraiment du chiffre d’affaires, car une demande qui annonce 2 000 € par an et une activité à 30 000 € lors du premier bilan attire l’attention.

Le calendrier d’un projet sur quatre ans

Le cumul par temps partiel s’étale sur une durée longue, avec des rendez-vous fixes. Les placer d’avance évite les mauvaises surprises.

Moment Ce qu’il faut faire
Mois 0 Dépôt de la demande contre accusé de réception
Mois 1 Réponse écrite attendue, sinon rejet par silence
Mois 2 Immatriculation, choix mensuel ou trimestriel, option éventuelle pour le versement libératoire
Chaque période Déclaration du chiffre d’affaires, même à zéro
Année 2 Première cotisation foncière, contrôle du compteur de plafond
Année 3 Demande de renouvellement d’un an, avant l’échéance
Année 4 Fin de l’autorisation, choix entre l’entreprise et le poste
Jalons d’un cumul par autorisation de temps partiel, de la demande à l’échéance de quatre ans.

L’option pour le versement libératoire a ses propres dates : elle se ferme le 30 septembre pour l’année suivante, hors création. Notez-le dès la deuxième année.

Enseignant, militaire, agent à temps non complet : les cas qui reviennent

Un enseignant peut demander à donner des formations ou des cours, qui figurent dans la liste. Les employeurs refusent en général de payer ou d’autoriser des cours particuliers à ses propres élèves, par risque de conflit d’intérêts. Un militaire relève de règles propres, fixées par le code de la défense : la demande passe par le commandement, pas par les textes de la fonction publique civile.

L’agent à temps non complet a le régime le plus léger. Sous 24 h 30 par semaine, il déclare son activité à son autorité et n’attend aucune décision. Il reste tenu à la discrétion professionnelle et à l’absence de conflit d’intérêts, comme les autres. Quant au contractuel, il suit les mêmes voies que le titulaire, avec le même délai d’un mois.

Ce que le cumul change pour vos impôts

Rien ne change côté seuils. Le plafond de chiffre d’affaires est de 203 100 € en vente et de 83 600 € en services ou en libéral, comme pour n’importe quel micro-entrepreneur ; le détail est dans notre fiche sur le plafond auto-entrepreneur 2026. La franchise de TVA s’arrête à 37 500 € en services et 85 000 € en vente ; le seuil de franchise de TVA précise la bascule.

Ce qui change, c’est l’empilement. Votre traitement forme déjà la base du foyer fiscal, et le bénéfice de la micro-entreprise s’y ajoute. Il est imposé à la tranche la plus haute de votre foyer. Sur une prestation de services en BIC, l’abattement forfaitaire est de 50 %.

Chiffre d’affaires annuel Cotisations à 21,2 % Base imposable (50 %) Impôt à 30 % Reste
6 000 € 1 272 € 3 000 € 900 € 3 828 €
12 000 € 2 544 € 6 000 € 1 800 € 7 656 €
20 000 € 4 240 € 10 000 € 3 000 € 12 760 €
Simulation maison pour une prestation de services BIC, foyer imposé à la tranche de 30 %, hors frais réels et hors prélèvements annexes.

Le versement libératoire change le tableau, à condition d’y avoir droit. Il remplace l’impôt par 1,7 % du chiffre d’affaires en services, soit 204 € sur 12 000 €, contre 1 800 € dans le tableau. Mais le revenu fiscal de référence du foyer ne doit pas dépasser 29 579 € par part. Avec un traitement de fonctionnaire dans le foyer, le seuil est vite franchi : lisez le calcul avant de cocher la case.

Pensez aussi à la facture. Tant que vous restez sous le seuil de franchise, elle porte la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI » et affiche un total hors taxe égal au total à payer. Les autres mentions obligatoires sont listées dans notre fiche sur les mentions obligatoires sur une facture, et le livre des recettes doit suivre chaque encaissement, ce qui sert de preuve en cas de contrôle de votre employeur comme de l’Urssaf.

Comparatif pour 12 000 euros de chiffre d'affaires en services : 1 800 euros d'impôt au barème à 30 % contre 204 euros avec le versement libératoire
Même chiffre d’affaires, deux impôts : tout dépend du droit au versement libératoire.

Cotisations et retraite : deux régimes côte à côte

Vous cotisez à deux endroits : votre régime de fonctionnaire sur le traitement, et le régime micro-social sur le chiffre d’affaires. Les taux 2026 sont de 12,3 % en vente, 21,2 % en services BIC et 25,6 % en libéral relevant du régime général. L’ACRE les réduit de 25 % au démarrage, mais elle se demande, elle ne s’applique pas seule.

Pour la retraite, la micro-entreprise ne vous rend pas plus de trimestres si votre poste vous en valide déjà quatre par an. Elle ajoute des droits à pension et à la complémentaire. Les seuils de validation sont détaillés dans notre fiche sur la validation des trimestres de retraite.

Le chiffre d’affaires se déclare chaque mois ou chaque trimestre à l’Urssaf, même à zéro ; le choix est expliqué dans déclarer son chiffre d’affaires, mensuel ou trimestriel. La cotisation foncière n’est due qu’à partir de l’année qui suit la création : voyez la CFE d’un auto-entrepreneur.

Cartes de repères chiffrés du cumul fonctionnaire et micro-entreprise : 1 mois de délai, 3 ans plus 1 an, mi-temps minimum, 70 % et 24 h 30
Les repères à garder sous la main avant de déposer la demande.
Le bon ordre

Autorisation écrite d’abord, immatriculation ensuite, première facture en dernier. Une facture émise avant l’accord vaut preuve d’une activité non autorisée.

Que risque-t-on sans autorisation ?

Trois conséquences se cumulent. La première est disciplinaire, avec une sanction qui peut aller jusqu’à la révocation dans les cas graves. La deuxième est financière : l’administration peut exiger le reversement des sommes perçues, par retenue sur le traitement. La troisième est pénale, mais seulement si l’activité place l’agent en situation de prise illégale d’intérêts, prévue à l’article 432-12 du code pénal.

Côté Urssaf, une activité déclarée mais non autorisée reste une activité déclarée : les cotisations sont dues. Le risque se joue donc entre vous et votre employeur, d’où l’intérêt de la trace écrite. Si un écart apparaît dans vos déclarations, la fiche sur la fausse déclaration URSSAF explique comment régulariser.

Une situation change en cours de route : mutation, nouvelle affectation, passage à temps partiel pour raison personnelle, changement de service. Dans ces cas, informez l’autorité et revérifiez que l’activité reste compatible avec le nouveau poste. Une autorisation donnée pour un service ne vaut pas automatiquement dans un autre, surtout quand vos nouveaux interlocuteurs recoupent votre clientèle.

Un dernier point sépare les dossiers sereins des autres : la cohérence entre ce que vous avez annoncé et ce que vous déclarez. Les montants de votre déclaration à l’Urssaf, ceux de votre déclaration de revenus et la rémunération indiquée à l’employeur doivent raconter la même histoire. Si l’activité décolle plus vite que prévu, signalez-le par écrit plutôt que d’attendre qu’on vous le demande.

Un fonctionnaire peut-il être auto-entrepreneur sans autorisation ?

Seulement dans deux cas : la production d’œuvres de l’esprit, qui est libre, et le temps non complet à 70 % ou moins, qui demande une simple déclaration. Dans tous les autres cas, l’autorisation écrite est préalable.

Combien de temps l’employeur a-t-il pour répondre ?

Un mois. Sans réponse écrite à l’issue de ce délai, la demande est réputée rejetée. Il faut donc relancer et obtenir un accord explicite avant de commencer.

Faut-il passer à temps partiel pour créer sa micro-entreprise ?

Si l’activité ne figure pas dans la liste des activités accessoires, oui. La quotité ne peut pas être inférieure au mi-temps, pour trois ans renouvelables une fois un an.

Les cotisations sont-elles les mêmes que pour un autre micro-entrepreneur ?

Oui. Les taux de 12,3 %, 21,2 % ou 25,6 % s’appliquent au chiffre d’affaires, quel que soit votre statut de fonctionnaire. Elles s’ajoutent à celles de votre traitement.

Un contractuel est-il soumis aux mêmes règles ?

Oui, le code général de la fonction publique s’applique aux titulaires comme aux contractuels. Vérifiez seulement la quotité de votre contrat pour savoir si vous relevez de la déclaration à 70 %.

Que se passe-t-il après quatre ans de temps partiel ?

L’autorisation prend fin. Pour continuer, il faut quitter l’administration ou arrêter l’entreprise. Une nouvelle autorisation du même motif n’est possible qu’après trois ans.

Avant toute chose, relevez votre quotité de travail et choisissez la voie du tableau. Rédigez la demande cette semaine, datez-la, et ne signez rien avec un client avant la réponse écrite.

Portrait de Damien Lorho
Ancien conseiller en centre de formalités

Six ans en centre de formalités des entreprises, puis à mon compte depuis 2021. Plusieurs milliers de dossiers de création instruits, et toujours les mêmes erreurs de plafond et de TVA.

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Publié le 5 octobre 2026 · dernière vérification le 5 octobre 2026. Seuils et taux revus à chaque changement de barème.